RONAN BARROT OU LA PEINTURE AUTHENTIQUE

Ronan Barrot appartient incontestablement à cette espèce en voie d’extinction des praticiens de la peinture, hors les modes imposées de l’art vidéo, du conceptualisme et du Ready made, formes dominantes des expressions plastiques dites « actuelles ». Barrot c’est une survivance de la « forme » peinture dans l’art contemporain, un phénomène qui détonne dans la création actuelle.

Il fait actuellement l’objet d’une rétrospective magistrale à la galerie Claude Bernard, son marchand qui le représente depuis 2007. Ce dernier qui, grâce à un œil averti, montra tôt Bacon, Hockney, Balthus, Eugène Leroy, Paul Rebeyrolle et bien d’autres… et expose aujourd’hui son protégé à guichets fermés…

Tout part d’une vieille antienne de l’art contemporain qui reprend une phrase écrite par Léonard de Vinci dans son Traité de la peinture (le Paragone), mais sortie de son contexte et détournée de son sens : « La peinture est cosa mentale. » De cette phrase, on a conclu à la supériorité du concept sur l’exécution. Or Vinci ajoute : « D’elle procède ensuite l’exécution, beaucoup plus noble que ladite théorie ou science. »

Barrot, lui, est fasciné par les maîtres anciens Vermeer, Titien, Rembrandt, Vélasquez, mais aussi Courbet, Goya, Manet, Cézanne… Tous les GRANDS. Il a d’ailleurs une connaissance encyclopédique de la peinture et s’inscrit dans une lignée, multipliant les références, se revendiquant de cet héritage à une époque si volontiers conceptuelle.

L’exposition, intitulée significativement « Pendant la répétition », nous interpelle aussi sur le sens polysémique du titre…

« Répétition » car la peinture de Barrot est figurative et monothématique. Il fait partie de ces peintres qui continuent à se référer à des schèmes iconographiques pluri séculaires ou millénaires, à ces formes premières déterminées depuis presque l’origine de l’art : lignes horizontales ou verticales, croix etc. Des lignes directrices structurant les images, au fond…

Dans ses portraits comme dans ses paysages, Barrot glisse un crâne, une référence, un symbole (une vanité) ou le souvenir d’une œuvre admirée… Le peintre transforme ainsi le sujet de départ en allégorie où l’on retrouve des formules sciemment élémentaires, répétitives : « Comme chez les Anciens, l’amour, la mort et la peinture. Ainsi s’exprime la noblesse de l’exécution, par la soumission du sujet à la peinture » (Olivier Cerna).

Un peintre « classique » dit-on souvent de lui puisqu’il faut systématiquement coller une étiquette plastique à la création. Classique mais éminemment contemporain car si Ronan Barrot se réclame des anciens, il ne tombe jamais dans l’imitation.

Lorsqu’il exposa en 2009 à l’Espace d’art contemporain Fernet-Branca, le critique d’art Philippe Dagen écrivait dans le catalogue de l’exposition : « On songe à des soirs de bataille, des nuits de captivité. A travers les tempêtes de peinture qu’il déchaîne, Barrot rejoint Géricault, Delacroix, Courbet. Attention au mot : « rejoint » signifie qu’il se retrouve à leurs côtés, mais sans les avoir imités à aucun moment. »

D’une virtuosité rare, Barrot affronte la toile, dans un corps à corps, se bat avec la matière, la couleur tantôt sombre tantôt criarde et acide… Sa manière est sauvage ; son geste, rapide et brutal, semble accouché sur la toile en un raptus. Dès lors la peinture n’a plus grand-chose à voir avec son sujet, et c’est bel et bien l’acte du peintre, matière, mouvement, couleurs qui est l’objet de son travail. Barrot est un peintre authentique, il est « entièrement peintre » (Olivier Cerna).

« Répétition » aussi car Barrot est avant tout un artiste théâtral, un dramaturge, un metteur en scène. Il ne représente pas des sujets mais des scènes : d’amour, de violence, de viol, d’attente… Si s’imposent un visage, une scène de rue, une allusion, un souvenir, ou même une référence cultivée à un illustre prédécesseur, c’est le geste en quête de justesse qui fait que la vérité est là, fugace, mais figée et comme imparable, arrêtée par le peintre au moment juste où lui seul a pu l’attraper où l’on aurait été incapable de la percevoir.

Une chose est sûre : à l’heure où l’on débat sur la trop faible reconnaissance des artistes français au niveau international et le déclin artistique français, Ronan Barrot est sans doute parmi les artistes français qui comptent…

Sa puissance d’expression nous emporte, nous émeut et nous y adhérons à 2000%. Une production tout en matière, couleurs et références. Peinture, vous avez dit peinture ? L’épiphénomène Barrot n’est-il pas un formidable pied de nez à tous ceux qui pensaient la peinture morte ? Car loin d’être perdu, « pendant la Répétition » nous démontre avec force et talent que le genre est bel et bien vivant.

« Pendant la Répétition », du 3 avril au 17 mai 2014 à la Galerie Claude Bernard.

 

Pauline L-C pour My Art Services

 

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Quelques citations éloquentes…

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