Marché de l’art 2013. Le point complet.

Le Marché de l’Art 2013 : un secteur qui n’est pas prêt de plier !

Malgré la crise de 2008, le marché de l’art est passé en 10 ans de 24 milliards à presque 66 milliards de dollars! La résilience et l’adaptabilité du marché impressionnent ! Quand les bourses plongent, l’art rassure !

D’après le rapport publié en 2013 par la société de services en ingénierie informatique Capgemini, les plus grosses fortunes destinent environ 17 % de leurs avoirs « plaisir » à l’art. « Il y a, aujourd’hui, des liquidités très importantes dans le monde qui ne trouvent pas de rentabilité intéressante dans d’autres domaines. C’est de l’argent qui veut être employé tout de suite », analyse Stefano Moreni, directeur de l’art contemporain chez Sotheby’s, à Paris.

Si l’acquisition d’une œuvre d’art revêt avant tout une forte valeur affective et émotionnelle, cette démarche est aujourd’hui envisagée comme un placement de choix par des acheteurs toujours plus nombreux et cette tendance n’est pas prêt de s’arrêter…

Les deux multinationales de l’art, Christie’s et Sotheby’s l’ont bien compris et ont d’ailleurs confirmé de belles performances l’an passé avec 7,1 et 6,3 milliards de dollars de lots adjugés. La base Artprice a évalué les seules enchères de Fineart* à 12 milliards de dollars l’an dernier, soit une croissance de plus de 13% !

Symptôme d’une nouvelle bulle spéculative ? D’après les spécialistes, il n’en est rien : car le marché de l’art haut de gamme repose aujourd’hui non plus sur une poignée d’acheteurs fortunés dont le retrait conduirait à un effondrement global, mais est désormais alimenté par un nombre grandissant d’acheteurs richissimes conquis par les hautes sphères du marché de l’art pour des raisons diverses et variées.

« Le monde change : il y a davantage de richesses concentrées dans les mains d’un nombre réduit de milliardaires : la compétition est d’autant plus féroce que l’art est devenu un élément de reconnaissance sociale. La montée en puissance des pays émergents comme la Chine ou encore le Moyen Orient alimente cette hausse des prix. Dans les émirats on se livre à une concurrence acharnée pour constituer la plus belle collection. En Chine, on compte déjà 535 musées et autant en gestation. Or dans cette compétition, il est bien plus simple de créer une institution dédiée à l’art contemporain qu’à la Renaissance ou à l’impressionnisme, périodes pour lesquelles les œuvres majeures sont déjà toutes dans les musées » (Martine Robert, Les Echos du 20/03/2014).

Les foires quant à elles n’ont jamais été si nombreuses et dynamiques : ces rendez-vous “arty“ se multiplient partout dans le monde à l’image d’Art Basel ou encore de la Fiac, qui décline son édition parisienne à Los Angeles au printemps 2015.

« L’art actuel n’est pas juste statutaire, au même titre que le top-modèle au bras ou la belle cylindrée dans le garage. C’est un art de vivre émaillé de fêtes, de dîners de vernissage, et de voyages au gré des foires… La Jet Set Arty s’est aujourd’hui mondialisée ; et si en 2004 les Etats-Unis se taillaient la part du lion avec près de 60 % de part de marché dans le contemporain, en 2013, ils ne détiennent plus que 35 %, selon la base de données Artprice. Entre-temps, la Chine et Hongkong sont montés en puissance, passant d’à peine 1 % de part de marché en 2004 à plus de 38 % en 2013. « Les ventes ont beau avoir lieu à Londres ou à New York, les acheteurs sont, eux, très internationaux. Chaque saison, de nouveaux groupes d’acheteurs sont actifs. Une année ça peut être les Italiens, une autre fois, les Russes », remarque Francis Outred. Chez Christie’s, on enregistre 35 % de nouveaux acheteurs en trois ans. Même constat dans les galeries. « C’est la grande surprise, s’étonne la galeriste parisienne Nathalie Obadia. Les nouveaux acheteurs représentent, chaque année, 20 % à 30 % de mon chiffre d’affaires, et ils ont largement remplacé ceux qui ont disparu avec la crise de 2008 (Le Monde 2/03/2014 par Roxana Azimi).

Cette abondance de nouveaux acheteurs actifs depuis une dizaine d’années, qui fait flamber les côtes, se rue sur les signatures les plus chères, à savoir les grandes « icônes » du XXème siècle dont la promotion passent par des stratégies marketing offensives de la part des sociétés de ventes et par celle des grands prescripteurs de tendances (marchands, collectionneurs, musées, directeurs de salons…) : pour preuve, les 13 meilleures enchères 2013 sont allées à des œuvres réalisées après 1930 !

Ce secteur très haut de gamme, le seul véritablement médiatisé, ne représente pourtant qu’une infime partie d’un marché de l’art constitué à près de 80 % d’œuvres abordables pour moins de 5000 dollars, dont 38 % pour moins de 1000 dollars. En 2013, ce sont près de 300 000 œuvres qui ont changé de mains sous ce seuil de prix. L’accès aux œuvres d’art n’est donc pas réservé qu’aux ultras riches et force est de constater que la santé est bonne, excellente même, dans cette gamme de prix puisqu’il se vend deux fois plus d’œuvres qu’il y a 10 ans. Preuve que les collectionneurs « plus discrets » participent eux aussi activement à la vigueur du marché.

La demande en art est donc très forte, non seulement parce qu’elle est mondialisée mais aussi parce que le marché a considérablement gagné en transparence et que de nouveaux amateurs sont sans cesse conquis. Et, à moins d’un effondrement économique général, de la Chine ou des Etats unis, le mouvement n’est pas prêt de s’arrêter…

Quelques chiffres clés du marché en 2013 à retenir :

12,2 Mrd $ : le produit de ventes de Fine Art aux enchères en 2013.

609 Mio$ : le total de la vente d’art d’après-guerre et contemporain de Christie’s New York du 12 novembre 2013, le plus haut total jamais enregistré pour une vente aux enchères.

127 Mio$ (soit 142 Mio$ avec les frais) : le prix de l’œuvre « Three studies of Lucian Freud » de Francis Bacon, adjugée le 12 novembre 2013 chez Christie’s New York, nouveau record pour une œuvre aux enchères qui a détrôné « Le Cri » dessin d’Edvard Munch, adjugé 119 Mio$ en 2012.

15 000 : le nombre de nouveaux records d’artistes frappés en 2013.

8400 : le nombre de nouveaux artistes vivants arrivés sur le second marché en 2013.

+15% : l’évolution des prix de l’art sur l’année 2013, calculée par Artprice Global Index.

1519 : le nombre d’adjudications au-delà du million de dollars dans le monde.

9 Mrd$ : le total des ventes des 500 artistes les plus cotés sur le marché de l’art. En 2013, les 500 artistes les plus cotés représentent 75% du produit des ventes pour juste 15% des lots vendus.

1888 : l’année de naissance moyenne des artistes vendus aux enchères cette année. Avec encore 47% du volume des ventes, l’Art Moderne domine toujours le marché de l’art et ce malgré l’appétit du marché pour les artistes vivants (20% du marché en 2013 contre 8% en 2003).

(Source Artprice).

Les tendances en termes de Média et de Périodes

Les Medias

L’indice global des prix de l’art affiche 80% de hausse sur la décennie et tous les médias profitent de ce renchérissement. Les prix de la photo ont grimpé de 25% en 10 ans, 27% pour la peinture et surtout 185% pour le dessin. Cette augmentation constante depuis 10 ans s’explique en grande partie par l’activité de la Chine où la tradition du dessin berce le marché depuis toujours contre une tradition pluriséculaire de la peinture sur toile en Occident.

La peinture demeure le médium le plus convoité et le plus cher. Le marteau a frappé 878 fois au-delà du million pour des œuvres sur toile, contre 205 fois en 2003. La peinture représente 37% des lots vendus en 2013 pour 54% des recettes mondiales (soit 6,619 Mrd$) et les prix grimpent indéniablement. Cinq œuvres sur toiles ont d’ailleurs atteint le seuil des 50 Mio$ en 2013 : 127 pour « Three studies of Lucian Freud » de Bacon, 94 pour « Silver Car Crash (Double Disaster) » et 51 pour « Coca-Cola » d’Andy Warhol, 52 Mio$ pour « Number 19 » de Jackson Pollock et 50 pour « Woman with Flowered Hat » de Roy Lichtenstein.

La hausse des prix pour les œuvres uniques a un effet levier important sur les estampes, lesquelles représentent la même part qu’il y a 10 ans en termes de nombres de lots vendus, mais leurs recettes annuelles sont trois à quatre fois supérieures. Matisse, Rembrandt, Lautrec, Kirchner pour les plus convoités et le quatuor gagnant millionnaire en 2013 pour des épreuves de Warhol, Picasso, Munch et Redon.

Autre chiffre record pour les ventes de sculptures qui atteignent 913 Mio$. C’est plus de 22500 lots dispersés en 2013 dont 128 nouvelles sculptures millionnaires. Œuvre multiple, la sculpture atteint sans difficulté les plus hautes sphères du marché et s’avère aussi valorisée que les œuvres peintes, uniques par essence, si la signature en vaut la chandelle. Six artistes parviennent à se hisser parmi le top 100 des enchères 2013 avec des œuvres tridimensionnelles : Jeff Koons, en premier lieu avec son Balloon Dog (orange) adjugé 52 Mio$ (4ème meilleure enchère de l’année), édité pourtant à 5 exemplaires, puis Diego Giacometti avec une grande tête mince, un bronze édité à 6 exemplaires vendu 44,5 Mio$ (7ème meilleure enchère de l’année), Yves Klein avec Sculpture Eponge bleue sans titre, vendue 19,5 Mio$ (40ème meilleure enchère annuelle), Auguste Rodin avec le Penseur, une fonte de Rudier de 1906 cédée 13,5 Moi $ (62ème enchère annuelle), Donald Judd avec Untitled (DSS 42) adjugée 12,4 Mio$ (71ème enchère) et Pablo Picasso avec Sylvette vendue 12 Mio$ (75ème enchère)…

(Résultats hors frais, sources ArtPrice).

Enfin, la photographie qui atteint 153,3 Mio$ et triple ses recettes par rapport à 2003. Le marché haut de gamme sur ce secteur se révèle plus vif que jamais avec 12 enchères millionnaires sur l’année.

La photographie n’est plus aujourd’hui un médium à part, les collectionneurs l’ont intégrée et elle s’affirme petit à petit comme une valeur sûre. Dans ce domaine, la tendance est nettement en faveur de la période contemporaine. Cinq photographes contemporains se démarquent particulièrement et décrochent des enchères millionnaires en 2013 : Andreas Gursky, Richard Prince, Cindy Sherman, Man Ray et Thomas Struth notamment avec un nouveau record atteint par Panthéon, Rome, de 1992, un tirage chromogénique sur 10 exemplaires vendu plus d’1 Mio$ en juin 2013. En 2000, cette même épreuve se vendait 210 000 $… Sa valeur a donc quasiment quintuplé !

A l’heure actuelle, plus de la moitié des recettes de la photographie est engrangée par des artistes vivants. Ainsi, le produit de ventes des artistes vivants grimpe de 333% sur la décennie. Dans notre société inondée d’image, la photo est un des médiums les plus emblématiques et le marché l’a bien compris.

Les Périodes :

Avec 5,7 Mrd$, l’art moderne s’affiche toujours comme le pilier du marché mondial. La peinture représente 2,84 Mrd$ soit la moitié des recettes modernes et le dessin près de 40% avec près de 2,3 Mrd$.

Pourtant, l’œuvre la plus chère aujourd’hui, n’est pas un Picasso ou un Giacometti, mais un tableau du peintre britannique Francis Bacon de 1969, adjugé pour 142 millions de dollars (frais inclus) (vente Christie’s du 12/11/2013).

Le « Post-war » et le contemporain pèsent quasi autant que les classiques impressionnistes et modernes réunis. L’art contemporain qui ne pesait que 824 millions de dollars en 2004, a atteint 6,8 Mrd$ l’an dernier. L’art d’après-guerre et contemporain représentent 35% des recettes 2013 pour 36% des lots vendus ! Ces deux périodes se révèlent donc être les plus rentables après l’art moderne, qui tient depuis 10 ans entre 45% et 50% du marché (en termes de recettes) et près de la moitié des œuvres (46% en 2013).

Parce qu’il est le mieux alimenté, le segment contemporain est le plus rentable comparé à l’art du XIXème et l’art ancien car ces marchés sont soumis à la raréfaction de pièces majeures.

En 2003, les ventes de Sotheby’s dans le domaine contemporain dépassaient à peine les 217 Mio$. En 2013, elles ont atteint 1,3 Mrd€. Six fois plus ! Même constat chez Christie’s, qui fait état d’une progression de 29 % de ses ventes mondiales d’art contemporain en 2013, avec, en prime, une vente record frôlant les 700 Moi$, en novembre 2013.

Quid de l’art ancien ? Une valeur sûre !

Les maîtres anciens se font rares dans le top 100 des meilleures adjudications : en 2013, 7 œuvres anciennes grimpent dans le classement des 100 meilleures adjudications quand on en compte le double pour des artistes encore vivants et actifs !

Les collectionneurs d’art ancien sont cependant prêts à débourser plus de 20 Mio$ pour un portrait réalisé par Fragonard (« Portrait de François Henri, 5ème duc d’Harcourt » adjugé le 5 décembre dernier 25 Mio$ chez Bonhams à Londres) et à faire passer le record de Bartolomeo della Porta de 4,3 Mio$ à 11,5 Mio$ (« the Madonna and the Child » vendu le 30 janvier dernier chez Christie’s).

Face à la pénurie d’œuvres majeures sur toiles ou panneaux, les collectionneurs se rabattent sur d’autres supports créatifs comme le dessin dont le volume d’affaire a explosé de près de 1900% depuis 2003 ! En 10 ans le marché du dessin est devenu un marché plus juteux que celui de la peinture : Il représente près de 583 Mio$ de produit de ventes soit 57% du marché de l’art ancien contre 45% pour la peinture.

Acheter des artistes vivants :

Les acheteurs déboursent en moyenne 5 000$ sur un artiste vivant qui affronte pour la première fois le verdict des enchères, une première mise moyenne qui a quintuplé en 10 ans : le prix moyen de la première enchère est passé de 1355$ (1654€) à plus de 5800$ (7631€) entre 2003 et 2013.

Par ailleurs, l’achat de jeunes artistes en salles peut être rapidement rentable : Le prix moyen d’une œuvre achetée 1355$ en 2003 lors du premier passage en salle de l’artiste est de 18 872$ en 2013.

D’une façon générale, le marché de l’art a considérablement rajeuni ces dernières années et les artistes vivants s’avèrent de plus en plus profitables pour les maisons de ventes. Ils représentent aujourd’hui 14% du marché du dessin en termes de recettes contre 4% en 2003, 21% du marché de la peinture, 30% de la sculpture et 60% de la photographie.

Né en 1979, Dan Colen a vu ses prix tripler en quatre ans. Lucien Smith est tout juste âgé de 25 ans et, pourtant, une de ses pièces s’est adjugée pour 389 000 dollars chez Phillips, en novembre 2013. « Si un artiste vaut cher, mais que ses prix n’augmentent pas, il n’attire pas autant l’attention que celui dont la côte progresse, constate Stefano Moreni. C’est comme le prix d’une action : ça ne correspond pas à la valeur d’une entreprise, mais à sa capacité à générer des profits dans le futur. Le monde de la collection reflète le système économique. »

Sur les quatre premières places du marché mondial, plus de 20% des lots vendus aux enchères sont le fait d’artistes vivants. Ces derniers ont d’ailleurs la meilleure rentabilité en Chine ou ils apportent près d’1 Mrd$ et représentent 33% des lots vendus. Beaucoup d’entre eux sont passées directement par l’épreuve du second marché avant d’être adoubés par le circuit traditionnel des galeries ou institutions culturelles.

Pourtant, si les envolées sont rapides et saisissantes, miser sur une jeune pousse est un pari risqué et mieux vaut être bien conseillé. Les données d’Artprice sont d’ailleurs éclairantes. De 2004 à 2013, le même groupe d’artistes se partage la crête du marché : Jean-Michel Basquiat, Damien Hirst, Jeff Koons. Derrière ces têtes de gondole, le reste des cotes est plus mouvant. Don Thompson le dit bien : à la revente, 80 % des œuvres achetées ne vaudront pas le prix payé. A méditer…

(Source ArtPrice).

Rédigé par Pauline L-C pour My Art Services